Skip to Content

Diplômé de l’École Nationale Supérieure de Création industrielle – Les Ateliers Saint Sabin, Paris – en 1997 avec les félicitations du jury, et de l’Ecole Européenne de l’art & des matières d’Albi en 2010, Maxime Lavie est devenu un peintre figuratif graduellement, parallèlement à son activité de designer industriel centrée sur l’aéronautique. Né à Fontainebleau en 1973, il réside et travaille à Toulouse depuis 2000.

Se distinguant très tôt par un talent de dessinateur (il découvre la peinture haïtienne enfant, installé en famille dans les Antilles Françaises), sa jeunesse se passe dans sa chambre entre planche à dessin, aérographe, pinceaux et cartons format raisin, nourri à la meilleure bande dessinée indépendante. À la fin des années 80 il quitte la maison à 15 ans pour étudier les arts à Bordeaux (pochoirs bombés sur les murs de la ville) et passe son Bac Arts Appliqués avec mention, puis monte à Paris en 1991 pour étudier le design : à 18 ans à peine il intègre sur concours l’ENSCI/Les Ateliers, et s’installe dans le quartier Bastille. A l’École, il rencontre le monde, et affine une vaste palette de modes de représentation (qui façonnent son regard et qu’il mobilise encore aujourd’hui dans son travail), rassemblant le dessin de nu, la gravure, la sérigraphie, la photographie argentique, la DAO/PAO, l’image de synthèse, la sculpture et le maquettage en atelier et enfin la peinture ; sur son temps libre il se perd dans les rues sinueuses du Marais et pousse les portes des galeries : son appétence pour les Arts plastiques ne l’a jamais quitté depuis.

Crédit photo: Patty Moussali ©

Voilà une quinzaine d’années qu’il pratique exclusivement – comme une nécessité et dans le secret de l’atelier – la peinture, très versatile entre les techniques de l’huile et l’acrylique, explorant l’exigence de “ce qui marche et de ce qui ne marche pas” : nombreuses toiles qui connaîtront le sort d’être repassées de plusieures couches de gesso ou d’être littéralement désemencées. Un jour les premières séries de toiles échappent aux murs de son atelier, pour une première exposition, puis une deuxième, puis une troisième… indifférence, critiques, questions absconses, commentaires admiratifs, partages, ces collisions subjectives nécessaires qui vont interroger son travail pour le nourrir : l’expérience du peintre.

Dans son travail, centré sur la peinture figurative, Maxime Lavie mobilise un lexique visuel très varié principalement constitué de personnages tirés de leur réel, de scènes trompeusement réalistes – qui convoquent une part de mystère – d’architectures urbaines, de paysages énigmatiques, de regards plus profonds contemplatifs ou mélancoliques, d’une présence animalière déroutante, et parfois même de quelques objets volants non-identifiés. C’est une œuvre qui, au-delà de l’énergie qu’elle expose, renvoie aux notions de contemplation solitaire, de bonheur mélancolique, de désorientation temporelle laissant une impression de déréalisation légère, entre conscience et rêverie, comme une mise à distance du “chaos des choses et des hommes” comme l’écrit Michel Serres. Une œuvre qui propose, par ailleurs, une grammaire picturale qui s’enrichit d’une série à l’autre, avec ses contours mêlés, ses accents esquissés, ses réserves, ses superpositions de fines couches et de glacis prononcés, sa palette complexe et vive, tout en préservant un langage plastique constant qui rend hommage tant à l’exaltation, la spiritualité et l’imaginaire des peintres Romantiques, aux “beaux traits” des dessinateurs des années 70-80, qu’à une radicalité politique contemporaine issue de la Figuration narrative de 1968! 

Si la figure humaine a longtemps occupé une place centrale dans ses premières expositions, son œuvre se penche plus récemment aussi sur la représentation d’objets de grande consommation, de produits manufacturés qu’ils soient iconiques (créations de designers reconnus) ou plus communs, pour se confronter peut-être aux thématiques de ce que laissera Homo après sa disparition, ou de ce que nous pourrions être sans nos objets industriels.

Françoise Héritier